Chapitre 1 - La fontaine des âmes

Icdz cavalieri

Vorse 29 aitara N - Vendredi 29 août N

Nihit patientait près d’une fenêtre dans la salle du trône.  Elle attendait une personne qu’elle considérait bien plus importante qu’elle-même, la créatrice. Un nouvel arrivage était prévu. La dirigeante avait déjà entendu des plaintes affectives. La sœur d'Erika lui manquait beaucoup et la sentinelle faisait tourner la tête d'Aphrodite chaque fois qu'elle passait devant lui. Erika avait beau le repousser, le chevalier ne se démontait pas. Mû était obligé d'intervenir régulièrement pour calmer ses ardeurs. Edria, sa nouvelle suivante, se tenait près d’elle. Curieuse, elle regarda aussi par la fenêtre en se demandant ce que Nihit pouvait bien fixer. Elle vit un grand jeune homme aux cheveux bleus et lisses. L'assistante resta figée durant quelques secondes.

« Il t’intrigue ? demanda Nihit.

— C’est la première fois que je le vois. Il y a longtemps qu’il est là ?

— Je l’ai fait venir le mois dernier. Mais il a l’air distant avec tout le monde.

— Oh ? Pourquoi ?

— Je l'ignore.

Une femme arriva à ce moment-là dans la salle. Elle était bien couverte avec sa robe rouge, elle portait des gants blancs, une coiffe recouvrait ses cheveux et son visage était masqué.

— Qui est-ce ? questionna Edria à voix basse.

— C'est la fondatrice, murmura-t-elle. Je vous souhaite la bienvenue Grande Créatrice.

La dirigeante s’inclina tandis que l’autre femme s’approchait.

— Relève-toi Nihit. J’espère que tu es prête pour une nouvelle intervention.

— Bien sûr, je n’attendais plus que vous.

— Alors hâtons-nous. J’ai beaucoup à faire en ce moment, je n’ai que peu de temps à t’accorder.

— Peu de temps pour quoi ? demanda curieusement la jeune brune.

La créatrice regarda la suivante et ne répondit pas.

— Moins tu en sais sur le sujet Edria et mieux c’est pour toi, se contenta d'expliquer Nihit.

— Oh excusez-moi, fit l'assistante un peu gênée.

— Tu peux disposer. Ce que nous devons faire doit rester privé. J’espère que tu le comprends Edria.

— Oui bien sûr, je vous laisse. »

La suivante sortit de la pièce, voire même du bâtiment. Elle n’avait pas trop apprécié cette petite entrevue avec la créatrice. Nouvelle au refuge, elle n’était pas vraiment au courant des pratiques de la dirigeante, enfin une en particulier. Edria se tenait devant les portes du palais. La jeune demoiselle tenta de penser à autre chose. Les pratiques de la dirigeante ne devaient certainement pas être douteuses. Seulement la manière dont elle lui avait fait prendre congé qui ne lui plaisait pas. Néanmoins peut-être qu’elle se faisait des idées. Pour s’occuper l’esprit, la suivante se mit en tête de retrouver cet homme aux cheveux bleus. D’aussi loin elle n’avait pu voir son visage. Où était-il passé ? La jeune brune se lança dans ses recherches tandis que Nihit et la créatrice descendirent des escaliers pierreux. La dirigeante tenait une torche et éclaira le chemin de cette grotte. Le tunnel démarrait au sous-sol du palais et s’éloignait plus en profondeur pour aboutir à une salle assez spacieuse avec des parois brutes. Au centre de celle-ci on voyait une grande fontaine. La créatrice l’appelait « la fontaine des âmes ». C’était un grand bassin avec au milieu une sculpture à l’effigie d’Inarian, la déesse essentielle devenue esprit. La divinité aux cheveux longs et en robe simple était assise sur son trône tenant à sa main droite son sceptre orné d’un crâne (symbole de mort) et à sa main gauche un orbe (représentant l’esprit).

« Pourquoi a-t-elle ces attributs ? Le visage d’Inarian a l’air si triste sur cette statue.

— Elle a dû remplacer Lokhan après sa chute alors qu’elle ne jouait le rôle que de passeuse d’âmes, répondit la créatrice.  Porter ce fardeau n’est pas chose facile, surtout lorsqu’elle vit l’horreur qu’il faisait subir aux âmes. Inarian créa des jardins pour les apaiser.

— Le jardin des trépassés ?

— Tout à fait, ainsi que le purgatoire. Avant il n’existait que ce qu’elle appelle le bagne.

— L’enfer ?

La créatrice acquiesça.

— Lokhan ne faisait pas la différence entre une bonne ou une mauvaise âme. Elles étaient toutes logées à la même enseigne. Nihit, nous devons nous hâter maintenant. J’ignore combien de temps ta suivante va se tenir tranquille. Elle semble assez curieuse.

— Il n’y avait rien de malsain. Elle s’intéresse seulement à nos activités.

— Personne ne doit savoir comment les âmes reviennent ici. Les gens se posent des questions sur Eston. J’essaie de calmer les esprits en disant que les rumeurs sont fausses.

— Quels genres de rumeurs ?

— Sur tes dons de nécromancie. Ils ne savent rien de notre projet. Notre but n’est pas néfaste aux autres peuples, tant que les résidents respectent les règles.

— Ils se tiendront tranquilles, ne vous inquiétez pas, assura Nihit.

— Je te fais confiance. (Elle fixa la statue de la déesse.) Ô Inarian je t'en prie, permets-moi de ramener ces âmes lésées parmi nous. Laisse-moi leur offrir une nouvelle vie de paix et de prospérité. »

La dirigeante se plaça devant la fontaine tandis que la créatrice regardait la surface de l’eau. Celle-ci se mit en mouvement et des visages apparurent. La dame masquée examina les âmes une à une. Il fallait savoir faire le tri car n’importe qui pouvait se présenter à elle pour obtenir une seconde vie. Et toutes les âmes n’étaient pas bonnes à ressusciter. La fondatrice pouvait voir qui méritait de revenir ou non ; chose que Nihit n’avait jamais su faire. Suite à l’examen de sa supérieure, la dirigeante tendit sa main gauche bien ouverte vers le sol. L’arbre dessiné au centre s’illumina d’une lueur verte et celle-ci frappa la terre pendant quelques minutes. Cette dernière remua pour former une masse à l’effigie de l’âme que la créatrice lui avait montrée. Le corps ressemblait à celui d’une jeune fille. Ensuite Nihit tendit sa main droite marquée d’une colombe. Le symbole s’éclaira d’une couleur violacée et frappa la surface de l’eau. Une âme fut extirpée dans la fontaine et Nihit la dirigea vers le corps qui se tenait debout devant elle. Mais celui-ci était encore en terre, il manquait quelque chose pour lui donner vie. La dirigeante joignit ses mains devant sa bouche et souffla sur la lumière orange presque rouge qui en jaillissait. La terre devint progressivement de la chair. Les cheveux, plus fins et légers retombaient sur les épaules et les yeux s’ouvrirent lentement. La personne portait les vêtements qu’elle avait avant sa mort. Elle semblait un peu déboussolée.

« Où suis-je ?

— Tu es dans la galerie des âmes, répondit la dirigeante.

— Oh ? C’est où ça ? À Asgard ?

— Non tu es sur l’île d’Eston sur les terres de Laethion. Si tu as des questions, j’y répondrai après. Je dois faire revenir d’autres personnes.

La créatrice était occupée à scruter les âmes. Celle qui venait d’arriver s'appelait Helena. Elle fut rejointe par Monica, Androctona et Sylvanë. Quatre femmes pour la journée, c’était suffisant. Ramener des gens à la vie demandait beaucoup d’énergie à Nihit et la créatrice ne voulait pas en abuser, de peur de l’épuiser. D'un tempérament plus sauvage, l'une des revenantes prit immédiatement la fuite. D’ailleurs son apparence avait figé les nouvelles arrivantes. Elle sortait de la caverne par une autre issue que celle menant au palais.

— Il faut la rattraper ! cria Nihit.

— Non, fit la créatrice. Androctona n’est pas dangereuse.

— Mais vous avez vu le dard qu’elle a ? Elle va faire peur aux gens.

— Les chevaliers seront là pour les protéger. Cependant je ne pense pas qu’elle soit un danger. De plus il fait nuit, elle saura passer inaperçue.

— Vous êtes sûre qu’elle ne tentera rien ? s’inquiéta la dirigeante.

— Oui, je la connais, je sais qui elle est. Elle est tout aussi désorientée que les trois autres. Toutefois il ne faut pas qu’elle quitte cette île. Elle risquerait de… enfin tu comprends Nihit. (La créatrice regarda les femmes.) Vous passerez la nuit au palais. Demain matin vous ferez le nécessaire pour vous trouver un logement. Nihit vous guidera. (Les femmes acquiescèrent.) Je dois partir, fit-elle à sa subordonnée. Repose-toi bien.

— Oh, ça va, cela ne m’a pas tellement épuisé.

— Nous nous reverrons le mois prochain pour un nouvel arrivage. En attendant, continue de faire en sorte qu’Eston reste un havre de paix.

— Bien Créatrice. »

Les femmes rejoignirent le palais. Edria était revenue, déçue de ne pas avoir retrouvé cet homme aux cheveux bleus. Il se cachait le bougre ! Nihit lui demanda de bien vouloir indiquer une chambre aux nouvelles dames. La suivante fut surprise mais elle exécuta l’ordre. D’où venaient ces femmes ? Étaient-elles arrivées en même temps que la créatrice et qu’elle ne les aurait pas vues ? C’était étrange pour Edria mais elle ne chercha pas plus loin. Peut-être que Nihit lui expliquera ultérieurement, quand elle sera délivrée de l'influence de sa supérieure. Il y avait à l’étage de grandes chambres où les femmes pouvaient dormir. La plus espacée était celle de la dirigeante. La créatrice partit à l’instant sans même prendre le temps de manger avant de repartir. Elle devait rejoindre le port. Sa prochaine destination était Eitlodan au royaume d’Orianin, dans le territoire des elfes. Elle fit un bref "au revoir" à Nihit et s’en alla dans le chemin embrumé. La dirigeante était habituée à voir si peu sa supérieure. Tout reposait sur ses épaules et elle avait à peine le temps de poser des questions si un problème se posait. La dirigeante devait être autonome, savoir prendre de bonnes décisions afin que le refuge se porte bien. Mais alors que la créatrice se hâtait dans la nuit, un homme se tint devant elle. Était-il là par hasard ? Ou la suivait-elle ?

« Voulez-vous que je vous accompagne Señora ?

— Merci Shura mais ça devrait aller. Je ne pense pas qu’il y ait de malfaiteurs au refuge.

— Vous semblez bien sûre de vous. Vous vivez près d’ici pour ne rien craindre ?

— Je dois m’en aller. Je vous prierai de ne pas me suivre.

— Pourquoi portez-vous un masque ? Ici ils ne sont pas obligatoires.

— C’est mon affaire. Passez une bonne soirée Shura.

La créatrice le frôla, le jeune Espagnol put sentir son parfum fruité.

— Melocotón, murmura-t-il.

— Qu’avez-vous dit ?

— Rien Señora. Bonne soirée. »

La dame s’empressa de partir en espérant qu’il ne la suive pas. Shura retourna à sa résidence. Demain il faudra se tenir près car c’est la rentrée scolaire pour les jeunes et les chevaliers. Après le repas, les femmes montèrent se coucher. Nihit se mit sur le balcon de sa chambre pour boire sa tisane à la camomille. La lune était éclatante mais parfois masquée par les nuages sombres. La dirigeante espérait qu’il fasse bon pour la rentrée.

Commentaires (2)

Maritza
Ouaaaaa ! J'adore ce début :) ! C'est pas mal du tout :3 !
Coralie Fouriau
  • Coralie Fouriau | 07/01/2020
Coucou, merci beaucoup. ^^

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