Chapitre 5 - Alerte lancée

Icdz cavalieri

 

Mersiun 3 sordiva N - Mercredi 3 septembre N

Il était environ 3h30 lorsque Trivia et Ilianë arrivèrent aux portes du palais. Markino fut un peu surpris de les voir se précipiter ainsi. « Il y a urgence, il faut absolument qu’on voie Nihit ! » lui fit l’elfe. Seulement il n’osait pas réveiller la dirigeante. Non, selon lui, il fallait attendre qu’elle se lève d’elle-même, sinon elle sera de mauvaise humeur.

« C’est moi qui vais de mauvaise humeur si tu ne te bouges pas ! menaça Ilianë avec sa lame.

— Je peux très bien répliquer avec ma faux !

 T’es-tu déjà battu contre un elfe ?!

Trivia se faufila entre les deux pour faire cesser cette querelle ridicule.

 Markino, mène-nous à elle s’il te plaît.

 D’accord, mais si elle crie, moi je m’en vais ! Vous vous débrouillerez avec elle. Non mais sans blague.

Le garde les amena à la chambre de la souveraine. Face à la porte, il hésita à toquer. Seulement Ilianë n’attendit pas et frappa brusquement.

 Chut ! Pas de bruit !

 Oh ! ça va ! Elle n’est pas en porcelaine, elle ne va pas se briser en tombant du lit ! Dame Nihit ! Il faut qu’on vous parle immédiatement ! Ouvrez !

Une voix de l’autre côté de la porte leur somma d’attendre quelques instants. La dirigeante prit le temps de mettre une robe de chambre pour avoir une allure plus décente avant d’ouvrir la porte.

 Que se passe-t-il ? Pourquoi tout ce remue-ménage ?

 Désolée Majesté, mais ces femmes n’ont rien voulu entendre. Elles sont d’une insolence incroyable.

Ilianë dévisagea le garde.

 Argol a disparu Dame Nihit, affirma Trivia.

 Comment ça « disparu » ? Je pensais qu’il était à l’hôpital.

 Selon une aide-soignante, une femme scorpion l’aurait enlevé.

Nihit réfléchit quelques secondes. Une femme-scorpion, cela ne pouvait être qu’elle.

 Anna se serait faufilée à l’hôpital pour l’emmener ? Mais quand quel but ?

 Nous l’ignorons.

 On ne peut pas le laisser ainsi. Je ne veux pas qu’il s’inquiète. Qu’on envoie une troupe à sa recherche immédiatement.

 Vu le gaillard, je ne pense pas qu’il soit du genre à s’inquiéter.

 Moi je m’en fais. Ce refuge est censé être un havre de paix pour les invités. Et je vois déjà que les choses tournent mal. Je n’aime pas ça. Envoyez une équipe et prévenez-moi dès que vous avez du nouveau.

 Bien Madame ! »

Les vigiles s’inclinèrent avant de repartir tandis que Markino était resté sur le côté en espérant se faire oublier. Toutefois Nihit le rassura et lui annonça qu’il pouvait retourner à son poste. Elle le remercia même de l’avoir avertie. Le garde fut étonné une seconde fois. Pas de coup de fouet ? Pas l’ombre d’une réprimande ? Cet endroit le changeait beaucoup des enfers, il n’en avait pas l’habitude. La dirigeante tenta vainement de se rendormir. Elle était trop préoccupée par le sort d’Argol. « Pourvu qu’il ne lui arrive rien. Je m’en voudrais. » Cette pensée la hanta alors elle se leva de son lit. Elle sortit de sa chambre et regagna son bureau. Une fois son ordinateur allumé, elle vérifia ses mails et ses appels en absence. Pas de messages urgent sur le téléphone. En revanche, il y avait un mail de Dunfia avec en objet « Proposition de soutien psychologique ». Sûrement pour l’aide-soignante dont Trivia venait de lui parler. Cela avait dû être un choc énorme pour demander un tel soutien. Toutefois, il n’y a pas de psychologue sur Eston. La dirigeante prit une feuille de brouillon et gribouilla un semblant d’annonce. Une fois sa tâche terminée, elle partit se laver avant de rédiger l’offre d’emploi et de la publier sur le site de PRS.

Il était désormais 7h, le réveil de Nolvia sonna. Elle eut un peu de mal à l’éteindre, la tête sous l’oreiller, totalement en sueur. Elle tapota l’appareil avant d’appuyer sur le bouton. Elle avait mal aux yeux, elle était si fatiguée et si effrayée. Personne ne la croira, personne. Était-ce un cauchemar ? Cette ombre menaçante dans la pénombre semblait si réelle. La petite rousse ne sut fermer l’œil le restant de la nuit. Et cela se voyait sur son visage lorsqu’elle se fixa dans le miroir. Elle avait des poches énormes sous les yeux et les paupières inférieures s'étaient brunies. « Seigneur, j’ai une tête affreuse. » se dit-elle. Elle fit couler l’eau dans son lavabo et se passa le visage à l’eau froide mais cela ne résout rien. Tant pis, elle poursuivit sa toilette avant de tenter un maquillage naturel. Elle chercha surtout à masquer ces épouvantables cernes. Elle s’habilla et déjeuna avant de se rendre en cours. Sur le chemin, Nolvia avait une mine morose. Les yeux tombants, on avait l’impression qu’elle traînait des pieds pour rejoindre les autres dans la cour. Toutefois ses amies ont facilement remarqué qu’elle manquait de sommeil. En effet, malgré ses efforts en maquillage, ses petits yeux l’avaient trahie.

«  Tu n’as pas dormi toute ta nuit toi, lui fit Pearl. (Nolvia se contenta de hocher la tête.) Comment se fait-il que tu n’aies pas dormi ?

Je crois que j’ai fait un cauchemar et depuis je n’ai plus su me rendormir.

 C’est toi que j’ai entendu crier alors ? questionna Ayelda.

 Tu as crié ? J’ai pas fait attention.

 Ta chambre est peut-être trop éloignée.

 C’était quoi ton cauchemar ?

Nolvia réfléchit quelques secondes en balayant vaguement la cour du regard.

 J’ai vu l’ombre d’un monstre avec une queue énorme.

Pearl la fixa d’un air surpris.

 Une queue ? Comment ça ? Il ressemblait à quoi ton monstre ?

 J’ai vu un dard.

 Un dard ? (Pearl se laissa à quelques réflexions.) Une abeille géante ? Une guêpe ?

 Non. C’était plus un scorpion.

 Un scorpion géant ?! Heureusement que ce n’est qu’un cauchemar sinon… il y aurait de quoi s’inquiéter.

 Bonjour les filles.

Elles n’avaient pas fait attention aux gens qui étaient autour d’eux.

 Salut Shun.

 J’ai un peu entendu votre conversation. Faut pas vous inquiéter. Ici il y a des chevaliers partout autour de vous. On ne laissera personne vous faire du mal.

 Avec Milo comme Proviseur en plus, continua Hyôga, vous êtes en sécurité. Quand il est énervé, mieux vaut prendre la poudre d’escampette.

 Même face à un scorpion géant ? questionna timidement Nolvia.

 Les scorpions, c’est son domaine. Il saura y faire et il n’est pas du genre à se laisser impressionner. Et puis tu as Cassios pour assurer ta sécurité. Tu sais, celui qui a brisé ta vitre ?

Le principal intéressé arriva à ce moment-là. Il fronça les sourcils à l'écoute de cette remarque.

 T’es obligé d'lui rappeler ?! J’espère qu’ils te l’ont changé, Nollie.

Nolvia ressentit comme une gêne à cet instant. Cependant elle ignorait pourquoi.

 Euh... oui, ne t’en fais pas.

 Ah ! Et t’as pas eu de facture ?

 Non, je n’ai rien payé pour le moment.

 Bien… Si jamais tu en as une, tu me l’envoies. N'hésite pas. (Les autres le regardaient d’une façon étrange. « Nollie » ? Était-ce un surnom mignon ou avait-il écorché celui de Nolvia ? Cela le mit un peu mal à l’aise.) Bon, je te laisse. Bonne journée Nolvia.

Le grand homme s’éloigna promptement. Finalement, c’était un petit surnom qu’il lui avait attribué. Il faudrait qu’il trouve un autre sujet de conversation avec elle. L’histoire du carreau pouvait passer quelque temps néanmoins cela deviendra lassant.

 Bah qu’est-ce qui lui prend ? demanda Shun.

 Je crois qu’il culpabilise d’avoir cassé sa vitre.

 Moi je dirais plutôt autre chose, fit Seiya.

 Quoi ? questionna Pearl.

 C’est un peu tôt pour l’affirmer, répondit-t-il. Mais si tu as besoin d’un garde du corps Nolvia, je crois que tu en as un d’office.

— Tu vois des choses qu'on ne voit pas, lui répondit la jeune fille.

— Oui, comme le fait que Mime ne te laisse pas indifférente.

— Hey ! Garde ça pour toi tu veux ! »

Pearl était confuse. C'est vrai qu'elle le regardait de temps en temps mais pas au point de tirer des conclusions hâtives. Quant à Cassios, effectivement depuis la rentrée il avait pris l’habitude de contempler Nolvia de loin, ou discrètement à sa table en cours ; mais c’était difficile de lui parler. Si elle avait été brune, on aurait pu l’appeler Blanche-Neige tant son teint était clair et frais. Seulement non, elle était rousse avec des yeux gris, plutôt gentille mais aussi timide que lui. 

Alors que les vigiles étaient occupés avec Anna, Edria avait placé les trois autres femmes sur des postes à pourvoir. Monica et Helena travailleraient chez des fleuristes tandis que Sylvanë avait choisi un poste de soignante libérale. Elles eurent également une maison au refuge, chacune la leur. Il y avait beaucoup de logements vides alors elles furent vite logées. Edria les avait aussi renseignés leur organisation et les femmes avaient senti que la suivante se sentait un peu à cran. C’était comme si elle était pressée d’en finir avec elles. Peut-être avait-elle beaucoup de travail ? Elle cherchait souvent l’heure. Monica trouvait cela irrespectueux, toutefois elle se tut. Sans doute avait-elle une bonne raison. Edria s'excusa et expliqua qu'elle voulait gérer un cas d'intégration assez complexe et cela la préoccupait davantage. Vivement que sa mission soit terminée. Cette obsession était vraiment prenante. Mais quelle tête de mule lui aussi. S’il se laissait faire, peut-être qu’elle ne serait pas obligée de lui coller aux basques. Ce serait plus vite fait, il serait plus vite tranquille. Mais non ! Monsieur s’obstine à repousser les gens ! Eh bien, elle n’avait pas fini avec lui.

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