Albafica & Edria - Chapitre 4 : L'ambition d'Edria

Albafica

 

Mersiun 3 sordiva N – Mercredi 3 septembre N

Point de vue d’Edria

La nouvelle de l’enlèvement d’Argol s’est vite répandue. Dame Nihit est très inquiète pour lui. Et moi, je n’ai pas su parler à Albafica. Je voulais lui laisser un moment de répit, vu que je suis collante comme un pot de colle. Mais aujourd’hui je ne peux retarder davantage l’échéance. Plus vite j’en aurai discuté avec lui et mieux ce sera. Mais je dois terminer mon travail avant. Je trépigne d’impatience et Dame Nihit m’en a déjà fait la remarque. Je finis plus tôt mais ce n’était pas encore assez pour moi. En même temps, c’est de ma faute, j’aurais dû lui parler hier !

Fin de journée, je peux enfin prendre congé. Je passe d’abord dans mes appartements pour me rafraîchir. Je n’ai pas envie d’aller le voir dans cet état. Cette fois-ci je choisis une robe bleue, presque la même nuance que ses cheveux. Je sors de ma chambre, descends les escaliers du palais et franchis la porte. Je ne devrais peut-être pas me précipiter ainsi. Je suis la suivante de Dame Nihit, pas de Albafica. Seulement, j’ai quelque chose à lui demander, je reviendrai vite. Le problème, j’ignore où il se trouve en ce moment. Je cherche partout dans le refuge mais aucun signe du beau jeune homme. Où est-il en poste aujourd’hui ?

 

Point de vue Albafica

Je surveille les extérieurs tandis que les autres restent aux quatre coins du refuge. Depuis l'enlèvement d'Argol, Nihit tient à ce que des vigiles patrouillent en dehors. Sans doute craint-elle que cette créature ne revienne. Il paraît qu’une autre équipe de vigiles sera formée pour améliorer les pauses. Il n’y en a que deux et il est vrai qu’une troisième ne serait pas de trop. Les semaines sont longues, fatigantes et ennuyeuses. Oui, ennuyeuses c’est le mot. Dans un sens, heureusement que Edria est là pour mettre un peu d’ambiance. Toutefois quand elle est là, je le regrette assez vite. Oh ? Eh bien en parlant d’elle, voici la petite demoiselle qui arrive. Je finis par reculer d’un pas afin qu’elle s’arrête sinon elle serait beaucoup trop près à mon goût. Il ne faudrait pas qu’elle ait la mauvaise idée de m’enlacer, j’ai suffisamment mal ainsi.

« Bonjour Albafica. Rasgado m’a dit où vous trouver. J’espère que je ne vous dérange pas.

Il n’aurait pas pu tenir sa langue celui-là ? Non, toujours à bien vouloir rendre service aux dames.

Vous vous en inquiétez maintenant ?

Je vois sur son visage qu’elle n’est pas sûre d’elle. Que s’apprête-t-elle à me dire ? Elle se frotte nerveusement le bras.

 Je suis désolée d’être aussi intrusive, mais ça m'attriste vraiment de vous voir…

 Oui je sais.

Edria a l’air surprise par cette coupure. J’ai peut-être été un peu brusque, seulement j’en ai assez d’entendre le même discours.

Écoutez, je suis allée voir Iris au laboratoire. Elle pourrait peut-être trouver un remède ou un antidote pour vous. Néanmoins il faut que vous alliez la consulter afin qu’elle vous interroge et qu’elle vous fasse une prise de sang.

Elle est bien gentille mais cela relève également de l’utopie. Quand comprendra-t-elle ? Comment veut-elle que cette Iris résolve mon problème ?

 Vous croyez vraiment qu’un antidote suffira pour extirper le poison qui circule en moi ? Il fait partie de moi, vous ne pourrez rien y faire et Iris non plus.

 Mais enfin, on peut toujours essayer.

Non ! (Elle halète soudainement. Sûrement parce que mon ton est sec. Pourquoi s’obstiner ainsi ?) C’est une perte de temps inutile.

Qu’en savez-vous ? Si on n’essaie pas, c’est une triste vie qui s’offre à vous. Ne me dites pas qu’une telle vie vous satisfait. Je ne vous croirai pas.

 Edria, j’apprécie votre dévotion…

 Mais quoi ?

Elle reste pendue à mes lèvres. Les siennes, pas trop fines ni épaisses, sont bien roses. Je crois qu’elle met un baume pour les faire briller. Et ses yeux ont quelque chose de gourmand. S'il s'agissait d'une friandise brune, on les savourerait... Oh bon sang ! Il faut que je me reprenne !

 Mais... vous perdez votre temps avec moi. Il n’y a pas un homme qui vous plaît et qui aurait besoin de votre "agréable" compagnie ?

 Non.

Elle se moque de moi ? Coquette comme elle est, il y a sûrement quelqu’un qui la courtise.

 Edria ?

 Quoi ? C’est vrai, je ne vous mens pas !

 Pourtant je suis certain que si vous vous en donniez la peine, vous auriez des tas de prétendants.

Elle se redresse d’un coup. Ma remarque n’a pas dû lui plaire.

 Je ne veux pas d'un « tas de prétendants » ! Cela ne m’intéresse pas d’être au centre de l’attention.

 Bon, d’accord. Mais vous pourriez en avoir au moins un.

 Oui, bien sûr. Quand je me serai occupée de votre cas.

 Enfin Edria ! Soyez raisonnable !

 Non ! Vous ! soyez raisonnable ! Je vous propose une solution et vous ne voulez même pas tenter votre chance ! Pourquoi ?!

 Je suis habitué à cette vie.

 Eh bien, il est peut-être temps d’en changer !

 Mais vous ne comprenez pas que c’est impossible !

 Ça, c’est vous qui le décidez. Je dois rejoindre Dame Nihit, mais croyez-moi, nous n’en resterons pas là !

Elle se retourne et commence à s’éloigner. Je ressens une vive douleur au niveau de l’abdomen. Bien que je tente de l'étouffer, Edria a quand même entendu mes plaintes. Elle se tourne vivement et me voyant recroquevillé, elle s’approche à nouveau de façon alarmée.

 Qu’avez-vous ?

Machinalement elle tend la main vers moi alors que je m’éloigne promptement.

 Ne me touchez pas !

 Mais vous souffrez. Il faut vous soigner.

 Non, ça va passer.

Son regard est devenu si sévère tout à coup.

 C’est toujours ce qu’on dit jusqu’à ce qu’on se retrouve dans la tombe !

 Ne vous en faites pas. Ce n’est qu’une douleur lancinante. Retournez voir Nihit.

 Vous êtes vraiment une tête de mule ! (La demoiselle commence sérieusement à s’énerver. Ai-je tort d’ignorer ces douleurs ? Toutefois voir un médecin ne servira à rien. Il ne pourra pas m’ausculter sans craindre d’être lui-même tué.) Tant pis, j’en toucherai un mot à Dame Nihit. Croyez-moi que vous irez voir Iris, que vous le vouliez ou non ! (Elle fait quelques pas puis s’arrête.) Vous êtes certain que ça va aller ? Je n’aime pas vous laisser dans cet état.

 Edria, j’ai survécu à pire, je vous assure. »

Elle ne répond pas et s’éloigne enfin. Survivre est un bien grand mot. J’ai remporté mon combat contre Minos, mais au péril de ma vie. Il a été un adversaire redoutable. Si je lui avais dit, elle m’aurait collé encore plus. Je suppose qu’il faut que je m’attende à une convocation chez Nihit. Je suis une tête de mule ? Et elle, comment se qualifie-t-elle ? Une femme de caractère aussi, c'est sûr. Et pourtant quand on la voit pour la première fois, elle paraît si douce. On l’enlacerait presque. Est-ce moi qui la rends aussi invivable ? Oui, je ne fais que la contredire alors cela l’agace. Cependant, c’est elle qui complique la situation. Pourquoi ne veut-elle pas comprendre quelque chose d’aussi simple ? J’espère que ce n’est pas à cause de mon physique, sinon je vais finir par la tuer. Il faut que je demande l’avis d’un tiers. Qui est la dernière personne que j’ai vue avant de mourir ? Ah oui… C’était lui.

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