Albafica & Edria - Chapitre 2 : Passé douloureux

Albafica

 

Lümde 1is sordiva N - Lundi 1er septembre N

 

Point de vue d’Albafica

Maintenant que j’ai fait mon rapport, je sors du palais de la dirigeante. Je me demande si elle va vraiment aller voir Argol. Nihit sort assez peu de son palais. Aurait-elle peur des résidents ? Edria semblait peinée lorsque j’ai exigé qu’elle sorte. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas. Je traverse l’avenue Randall Stewart qui fait face au palais. Toutefois, à la sortie du refuge, j’attends une voix m’appeler, celle d'une jeune femme. Ciel, elle m’a suivi jusqu’ici. Dans quel but ? Que me veut-elle ? Je me retourne lentement et la vision confirme ce que je pensais, c’était Edria qui s’avançait d’un pas déterminé.

« Que me voulez-vous ?

- Je voudrais savoir pourquoi vous m’avez exclue tout à l’heure. Je vous dérange au point de mériter cette impolitesse ?!

- Je suis navré Edria, je ne voulais pas heurter votre sensibilité. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai demandé que vous sortiez.

- Je ne suis pas une gamine. Un monstre a été abattu sur l’île d’après ce que j’ai entendu.

J’ai été assez surpris par cette franche affirmation. Et je crois qu’elle l’a décelé sur mon visage.

- Vous écoutiez à la porte ?

- Pour connaître la raison de mon exclusion, oui. Pourquoi fuyez-vous ? L’autre jour, je vous ai suivi sur la plage mais je vous ai perdu de vue. Où vous cachiez-vous ?

- Je ne me cachais pas, je me suis isolé, c’est différent.

- Pour moi c’est du pareil au même. Et ça ne me dit pas pourquoi.

J’ai l’impression que la demoiselle ne me lâchera pas tant que je n’aurais pas répondu à ses interrogations. Je tente tout de même de m’éloigner pour lui faire comprendre que je ne suis pas disposé à céder à ses caprices. Mais ?! Elle me suit encore !

- J’attends toujours ma réponse, fit-elle en me barrant la route.

Non, elle refuse de me laisser tranquille. Elle est bien proche alors je recule au moins d’un pas afin de passer sur le côté.

- Ne t’approche pas trop s’il te plaît. Tu pourrais amèrement le regretter.

Elle me suit du regard. Je me suis mieux rendu compte de sa taille. J’avais une à deux têtes de plus qu’elle. Malgré mon avertissement, sa curiosité fut plus grande que la crainte.

- Où allez-vous ?

- Juste prendre quelques repères sur cette île inconnue. J’aimerais atteindre l’autre côté de la forêt.

- Puis-je vous accompagner ?

Je n'ai pu m’empêcher de soupirer, sans me tourner vers elle. Mon unique désir maintenant est d’être seul. Pourquoi s’impose-t-elle ainsi ?

- Vous êtes la suivante de Nihit, n’est-ce pas ?

- En effet.

- Vous n’avez pas d’autres tâches importantes à régler pour occuper vos journées ?

J’entendis que ma question la choqua. Peut-être qu’elle va enfin me laisser tranquille.

- Si je suis ici, c’est que j’ai du temps libre devant moi !

- Pourquoi tenez-vous à m’accompagner ? Je pourrais ne pas revenir avant la tombée de la nuit.

- Je n’ai pas peur du noir.

- En tant que suivante, que faites-vous de vos journées ?

- Cela ne vous regarde pas. Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’ai du temps libre devant moi. J’aimerais avoir des réponses à mes questions. Pourquoi êtes-vous si froid avec les autres ? Est-ce qu’on vous a fait du mal et que c’est pour ça que vous vous isolez ?

- Je vous expliquerai en chemin. »

Point de vue Edria

Ce jeune homme accepte enfin que je lui tienne compagnie. J’ai bien cru qu’on allait rester planté là toute la journée. Il ne voulait pas « heurter » ma sensibilité. Si c’est vrai, c’est bien gentil de sa part. Mais je suis suffisamment grande pour entendre ce qui se passe. Malgré son caractère froid, il semble assez protecteur. Je marche à côté de lui, attendant ses explications mais il s’est encore enfermé dans un mutisme insupportable ! Je vois, il faut que je prenne le taureau par les cornes !

« Alors ?

- Alors quoi ?

Mais ? Il se fiche de moi !

- Vous allez enfin me dire pourquoi vous vous esseulez ? Ou faut-il que je vous tire les vers du nez.

- Ce n’est pas ce que vous êtes en train de me faire ?

- Eh bien, raison de plus pour me répondre. Tout à l’heure vous avez dit que si je m’approchais trop j’allais le regretter. Pourquoi ? Vous êtes du genre violent envers les femmes ?

- Quoi ?! Mais pas du tout !

Ma question l’a plutôt outré. Donc monsieur n’est pas violent avec les femmes. Tant mieux.

- Alors dites-moi ! Cessez de faire durer le suspense !

- Pourtant j’adore ça.

On se rapproche de la forêt. J’espère qu’il ne va pas jouer à ce petit jeu toute la journée. Je risque de lui devenir pénible sinon.

- S’il vous plaît, vous avez dit que vous m’expliqueriez en chemin.

Il souffla une nouvelle fois. Je sais que je l’ennuie mais je m’en fiche. Je veux savoir.

- Mon corps est dangereux. Alors il ne faut pas que vous m’approchiez trop sinon vous pourriez en mourir.

- Et vous comptez me faire avaler ça ? Vraiment ?

- Si vous ne me croyez pas alors retournez au refuge. Je ne vous retiens pas.

Mince, j’ai parlé trop vite. Mes mains deviennent moites, j’ai horreur de ça.

- Non, non. Excusez-moi. Seulement j’ai un peu de mal à comprendre. Pourriez-vous être plus clair ?

- Mon corps est un poison.

On dirait les paroles d’une personne qui ne s’apprécie pas du tout. Quel dommage.

- Oh ? Non, vous exagérez.

- Je suis sérieux. Mon cosmos est empoisonné ainsi que mon corps. Si je refuse tout contact, c’est parce que je ne veux pas qu’on pose la main sur moi. Je pourrais tuer sans vraiment le vouloir.

- Je ne sais pas trop ce que c’est le « cosmos ». Ou j’en ai une vague idée mais dans ce contexte, j’ai un peu de mal. Vous n’êtes pas obligé de vous montrer farouche pour autant. Je me tiens près de vous et tout va bien.

- Parce qu’on garde une certaine distance.

- Cela ne doit pas être pratique pour avoir une compagne.

Il s’arrêta d’un coup. Aurais-je dit une autre bêtise ? Sans doute n’y avait-il pas songé.

- Après ce que j’ai fait, je ne pense pas que je mérite la présence d’une femme près de moi.

Je ne m’attendais pas à une réponse si bizarre.

- Qu’avez-vous fait pour être aussi dur envers vous-même ?

Il s’avança énergiquement. Apparemment il n’avait pas envie d’en parler, ou peut-être qu'il ne supportait pas mon regard si insistant. Était-il mauvais finalement ? Si je suis en présence d’une telle personne, j’aimerais le savoir. Je le rejoins rapidement.

- Êtes-vous un homme mauvais ?! J’en doute beaucoup parce que Dame Nihit ne vous aurez pas fait revenir si vous l‘étiez.

- Vous n’abandonnez jamais vous.

- J’aime avoir les réponses à mes questions. Alors ? Qu’avez-vous fait pour mériter cette solitude ?

Il poursuivit son chemin.

- J’ai tué mon maître.

Mes yeux s'écarquillèrent.

- Quoi ?!

- Vous avez bien entendu.

- Je ne vous crois pas.

- Dans ce cas, retour refuge.

- Si vous êtes un assassin, pourquoi la créatrice vous aurez ressuscité ? C’est contraire au principe du refuge !

- Je vous avoue que moi-même je l’ignore.

- Comment ça s’est passé ?

- Je l’ai tué pendant mon entraînement. C’est mon poison qui a fini par le tuer.

- C’était un malheureux accident.

- Cela ne change rien ! Lugonis est mort par ma faute !

À cet instant, je n’ai su répondre quoi que ce soit. Je ne voulais pas l’énerver. J'ai juste mal pour lui à présent. Je suis certaine qu’il est loin d’être mauvais, il est peut-être même adorable, seulement il se punit à l'excès.

- Au fait, c’est quoi le principe de ce refuge ?

- Offrir une seconde chance à certaines âmes, à ceux qui n'ont pas pu vivre une belle vie.

Il baissa la tête et semblait chagriné.

- C’est un but honorable… mais ce n’est pas pour moi. Elle n’aurait jamais dû me faire revenir. J’étais bien là où j’étais. J’ai fait mon possible pour aider les autres, j’avais gagné le droit de reposer en paix.

- D’accord… Mais je crois que c’est vous qui avez besoin d’être aidé. Et vu ce que vous me racontez, je comprends la décision de la créatrice.

- Si vous voulez mon avis, son but est trop utopiste. Elle n’arrivera jamais à atteindre son objectif. Si les gens meurent, ce n’est pas sans raison.

- Je n’ai pas confiance en la créatrice, mais je crois en Dame Nihit.

Finalement je décide de faire demi-tour, ce qui surprit mon nouveau camarade.

- Où allez-vous ?!

- Il faut que je voie quelqu’un ! On se voit plus tard ! »

Il n’a sûrement pas compris mon départ soudain. Mais je ne peux pas le laisser croire de telles sottises. Cet homme n’a pas à culpabiliser pour un mauvais sort du destin. Lui aussi avait droit à sa seconde chance. La vie a été si injuste avec eux. Pour une fois, j’approuve le désir de la créatrice. Je m’avance d’un pas déterminé vers le refuge. Je me rends au laboratoire, là où je trouverais Iris. Peut-être qu’elle pourra m’aider… enfin l’aider lui. Aussi il faudra que j’aille voir Nihit. Je ne sais que vaguement ce qui se passe dans cette cave, ou grotte, je ne sais plus. J’aimerais en savoir davantage. Comment fait-elle la sélection des âmes par exemple. Peut-être qu’on pourrait faire revenir son maître. Vu la colère qu’il éprouve envers lui-même, il devait beaucoup l’aimer. Ce serait bien de les réunir à nouveau. Seulement, est-ce possible ? Ou est-ce encore un désir utopique ? Il faut que je me dépêche. Je dois vite savoir si ce que j’entreprends est réalisable. Je ne voudrais pas lui donner de faux espoirs, ni remuer le couteau dans la plaie. J’ai déjà dû bien le bouleverser, même s’il veut donner une image d’homme fort. J’essaierai d’être moins indiscrète lors de notre prochaine rencontre. S’il croit que je vais l’oublier, là c’est lui qui rêve. Je ne le lâcherai pas.

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