Chapitre 1 - L'amnésique

Ikki phoenix

 

Lümde 1is Sordiva N - Lundi 1er Septembre N

 

Quelle fut sa surprise lorsqu’il la vit à cette table. Elle était bien sage et silencieuse, jolie avec ses cheveux blonds et sa robe rose fleurie. Et quand il lui avait adressé ces quelques paroles, il avait eu le plaisir d’entendre à nouveau sa voix. Il s’assit près d’elle, côté mur, sans la quitter des yeux. Il aurait aimé lui parler plus mais Ikki semblait tellement choqué que les mots ne sortaient pas. Était-il en train de rêver ? Si c’était le cas, il aimerait ne plus jamais se réveiller. Mime aussi était présent alors qu’il l’avait vaincu à Asgard. Il rêvait certainement. Elle se tourna discrètement vers lui et chuchota.

 

« Il ne te fait pas froid dans le dos ?

— De qui tu parles ?

 Du prof. Même le jeune homme blond n’était pas franc devant lui.

 Hyôga ? Camus est son maître. Il peut être déstabilisé mais pas moi.

 Tu es drôle. Quel est ton nom ?

 Ikki.

Camus les entendait chuchoter et cela commençait à l’agacer.

 Si mon cours n’est pas intéressant, vous pouvez quitter la classe.

Esmeralda regarda le prof et s’excusa. Alors même son nom elle l’avait oublié. Étrange. Si c’était vraiment un rêve, elle ne serait pas amnésique. Quelque chose clochait et le jeune homme voulait mettre le doigt dessus. Peut-être que Saori saura le renseigner. À la fin du cours, pendant que les élèves sortaient de la salle, le Phoenix se dirigea vers elle.

 Ravi que tu sois finalement venu. Franchement j’avais des doutes.

 Je pensais ne pas venir non plus Seiya, mais Mû et Aldébaran ont réussi me convaincre.

Il y eut un blanc alors qu’Ikki lançait un bref regard à sa petite blonde.

 Quelque chose ne va pas ? Je croyais que tu serais content de revoir Esmeralda.

 Je le suis mais…

 Oui ? encouragea Saori.

 Elle ne se souvient pas de moi.

 Quoi ?!

 Vous avez bien compris. J’espérais que tu puisses m’en dire davantage, Saori.

 Malheureusement, je ne suis pas plus renseignée que toi. Mais Nihit pourra sûrement t’aider.

 Nihit ?

 C’est la dirigeante du refuge. Tu la trouveras dans son palais, tout au bout de l’avenue Stewart.

Il se tourna vers le seuil de la porte.

 Je vais voir ça tout de suite avec elle.

 Ikki ?

 Quoi ? fit-il en fixant Saori.

 C’est l’heure de la pause déjeuner. Je doute que Nihit apprécierait qu’on la dérange à ce moment précis. Tu verras ça après les cours. En attendant, invite Esmeralda à déjeuner. Je crois que ça lui ferait plaisir puisqu’elle t’attend.

Il ne s’en était pas rendu compte, mais la jeune blonde patientait effectivement devant la salle. Il partit la rejoindre.

 Ça te dirait de venir manger avec moi ce midi ? lui demanda-t-elle.

Pourquoi spécialement avec lui ? Cette proposition était tentante mais en même temps très insolite. Néanmoins il accepta poliment l’invitation. Il la suivit parce qu’en fait, il ignorait où se trouvait le réfectoire. Il n’avait pas eu le temps de prendre ses marques, alors Esmeralda suggéra de lui faire une brève visite après le repas. Il fixait son assiette de pâtes, perdu dans ses songes, mais la jeune fille l’en tira.

 Comment l’as-tu su ?

 De quoi ?

 Mon nom. Tu le connaissais déjà avant même de me rencontrer.

 Ah, oui. (Que devait-il lui répondre ? La vérité ? Était-ce vraiment nécessaire vu qu’elle ne semblait pas se souvenir de quoi que ce soit ? Au fait, avait-elle aussi oublié l’île ?) Dis-moi, tu as toujours vécu ici ?

 Oh ? Eh bien… C’est difficile de répondre. Je me suis réveillée un matin, il y a quelques semaines, dans une des chambres de la cité scolaire. Apparemment on m’en avait attitrée une. Avant ça, c’est le trou noir.

 D’accord. (Il respira un bon coup.) Et ça ne te fait pas peur ?

 Parfois si. Je ne sais pas vraiment qui je suis. On m’a juste dit que mon nom était Esmeralda et que j’allais suivre des cours à Eston. Mais toi, je ne t’ai jamais vu ici. Et à vrai dire, tu me fais un peu peur aussi. (Ikki fut surpris par cette affirmation. Il l'effrayait ? Pourquoi est-elle avec lui dans ce cas ?) Comment sais-tu mon nom ?

 J’ai entendu parler de toi ?

 Ah bon ? Qui ça ?

 Je t’expliquerai plus tard. Je dois aller voir quelqu’un avant. Je ne voudrais pas te raconter des conneries.

Elle fronça les sourcils.

 Je te trouve bien curieux tout à coup.

Il lui prit la main.

 Ne t’inquiète pas. Sache que tu n’as rien à craindre de moi, au contraire. (Sans sourciller, elle le regarda droit dans les yeux. Toutefois il remarqua un léger rouge sur ses joues.) Excuse-moi, je ne voulais pas te gêner.

 Ce n’est rien. »

 

Le repas se fit dans une ambiance un peu lourde finalement. Ce n’était pas très agréable, ni pour lui, ni pour elle. Après les cours, vers 17h15, Ikki se rendit au palais de Nihit. Mais il dut d’abord se présenter à Markino. Saori lui avait conseillé de ne pas entrer comme il le faisait d’ordinaire, en « mode cocorico ». Le garde pénétra dans la salle du trône mais la dirigeante n’était pas là. « Elle n’est pas toujours ici » assura le petit homme. Avec sa faux, il parcourut les couloirs accompagné du Phoenix. Il frappa à la porte du bureau et la jeune femme l’autorisa à entrer.

 

« Dame Nihit, pardon de vous déranger mais un certain Ikki désire vous voir.

 Ah ? Très bien, fais-le entrer s’il te plaît.

Le jeune garçon s'introduisit dans la pièce tandis que le garde se retira. Le Phoenix n’avait pas l’air d’humeur très cordiale. Cependant Nihit n’en tint pas rigueur.

 Je suis ravie de te voir Ikki. J’avais des doutes sur ta venue.

 Qu’as-tu fait à Esmeralda ?!

La dirigeante fut un peu stupéfaite par sa réaction.

 Pardon ?

Il s’avança juste devant elle.

 Saori m’a dit de venir ici pour obtenir des réponses, lui fit-il d’une voix grave.

Elle fronça les sourcils. La dirigeante n’appréciait pas du tout ces remontrances.

 Je n’ai rien fait à Esmeralda. Alors je te prierais de bien vouloir te calmer et de t’asseoir. Ce sera mieux pour discuter. (Tout en la fixant, il prit le fauteuil par les bras, l’approcha de lui et se laissa choir dessus.) Je te remercie. Maintenant explique-moi ce qui ne va pas parce que je ne comprends pas.

 D’abord, j’aimerais savoir comment elle s’est retrouvée ici et pourquoi ? Elle était morte ! Suis-je en train de rêver ?

 Non, tu ne rêves pas. Esmeralda est là par la volonté de la Créatrice. C’est moi qui ai fait revenir son âme parmi les vivants et lui ai offert un corps. La Fondatrice, et moi-même, lui souhaite simplement une belle vie ; peut-être en ta compagnie.

 Pourquoi ne se souvient-elle pas de moi ? Si vous l’avez fait revenir dans ce but, ce serait mieux que je ne sois pas un inconnu pour elle.

 Elle a bien trop souffert sur cette île où régnait la terreur. Tu ne le voyais peut-être pas, mais elle s’en faisait beaucoup pour toi. Ton traitement a été un véritable traumatisme pour elle. Ne voudrais-tu pas qu’elle oublie tout ça ? Si je l’avais ramené dans cet état, elle serait devenue folle. Son esprit est bien trop fragile. On a tenu à la préserver.

 Tu es capable de voir ça ?!

 Moi non… mais la Créatrice oui.

 Hey, tu commences à me les briser avec ta Créatrice.

Nihit fut profondément outrée.

 Ne parle pas comme ça de ma supérieure ! Et je n’apprécie pas ta familiarité ! Pour qui te prends-tu ?! (Ikki ne fut pas impressionné.) Elle sonde les âmes avant leur résurrection. Son rôle est important au sein du refuge.

 Et en dehors ?

 Il l’est tout autant, répondit-elle assez énervée. Sans elle, ce refuge n’existerait pas, tu ne serais pas là et Esmeralda non plus.

 Très bien, alors pour en revenir à elle, peux-tu lui reprendre son âme ?

Cette fois, la dirigeante fut surprise par cette question.

 Pourquoi ferais-je une chose pareille, Ikki ?

 Je ne sais pas… Par vengeance par exemple.

 Je ne peux pas faire ça sans le consentement de la Cré… de ma supérieure. Et de toute manière, je n’ai pas l’intention de faire une telle chose. Ce n’est pas ainsi que l’on règle les problèmes.

 Alors explique-moi un peu comment ça fonctionne tout ça. Tu fais revenir des âmes, mais encore ?

 Je ne peux pas trop t’en dire.

 Tu m’en as dis trop ou pas assez.

Nihit était un peu bloquée. Il est vrai que suivant la conversation, elle n’avait pas réalisé qu’elle venait de révéler des informations confidentielles. Elle se maudissait ! Mais quelle gourde ! Elle voulait tellement rassurer Ikki qu’elle n’avait pas fait attention à cet aspect.

 C’est vrai, je t’en ai trop dit. Promets-moi de garder ça secret. Que les âmes soient au courant n’est pas vraiment un problème, néanmoins les vivants c’est plus problématique. La plupart du temps les âmes veulent rester, elles sont facilement muettes à ce sujet. Par contre, les vivants… c’est autre chose.

 Je te promets de ne rien dire.

 Bien. Quand je fais revenir une âme, j’ai une priorité sur elle.

 Une priorité ?

 Oui. Cela signifie que personne d’autre ne peut enlever une âme d’un corps de façon surnaturelle. Toutefois, le corps n’est pas immortel, ce n’est qu’un réceptacle. Mais ce n’est pas moi qui décide qui doit revenir ou pas. C’est le rôle de la…

 Créatrice.

 Certes. D’autres questions ?

 Esmeralda et moi étions très proches. Je l’aime et elle m’aimait. Mais avec vos conneries sur son esprit, je ne suis pas sûr qu’elle m’aime à nouveau. Elle est gênée quand je pose la main sur elle.

 Elle est amnésique Ikki, insista Nihit. Je suis navrée que tu sois devenu un étranger à ses yeux. Mais quand je l’ai ramené, j’ai effacé sa mémoire, pas l’amour qu’elle a pour toi. Il est là, quelque part dans son cœur. À toi de l’éveiller. Fais rejaillir sa flamme.

 Plus facile à dire qu’à faire, fit-il en fixant le sol.

 Tu es le Phoenix, non ? S’il y a quelqu’un qui peut éveiller sa flamme, c’est bien toi. Si tu baisses déjà les bras, ça n’arrivera jamais, c’est certain. Tu as une chance de la séduire tel le plus commun des mortels dans un refuge paisible. Profites-en pour construire de beaux souvenirs avec elle.

 J’espère seulement qu’on n’en souffrira pas. »

 

Ikki se leva lentement et sortit du bureau. « C’est à toi d’en décider, Ikki. Soit tu y crois, soit votre histoire s’effondre. » Nihit avait eu son petit lot d’émotions pour la journée. Le matin c’était Minos qui la menaçait, et maintenant lui qui lui faisait la morale. Elle espérait que son bureau ne devienne pas le bureau des plaintes, sinon cela risquait de devenir pénible pour elle.

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