Rasgado & Anna - Chapitre 4 : Face au Taureau

Aldebaran

 

Mersiun 3 sordiva N – Mercredi 3 septembre N

Anna avait attendu la fin de la journée, cachée dans ces montagnes avec son prisonnier et sans bouger. Argol s’était endormi, pensant qu’ils allaient rester planqués là. Mais la jeune femme ne comptait pas s'éterniser ici. Pourvu qu’il ait le sommeil lourd. Elle le prit une nouvelle fois sur son dos. C’était un peu risqué mais en cas de problème, elle pouvait toujours lui planter son dard. Elle profita une nouvelle fois de l’obscurité de la nuit pour se faufiler vers la forêt. Là-bas, elle sera plus en sécurité ; du moins selon elle. Sur Placida, elle avait trouvé une grotte pour se réfugier. C’était un endroit tranquille où elle ne craignait rien, à l'abri en compagnie des enfants qu'elle avait adoptés. Seulement sur Eston, elle n’était pas certaine d’obtenir le même avantage. Aussi avec la pénombre, difficile de se repérer dans les bois.

 

Gurnes 4 sordiva N – Jeudi 4 septembre N

Le matin lorsqu’Argol se réveilla, le jeune homme sentit que quelque chose l’empêchait de se mouvoir convenablement. Il examina son corps et il n’en revenait pas. Il était ligoté ? Saucissonné même ?! Et avec du lierre en plus ! Oui, une liane qu’Anna avait pris soin de fabriquer à leur arrivée durant nuit.

« Tu crois vraiment que tu vas m’empêcher de me battre avec cette liane ?

— Tu sautes très bien, je ne voudrais pas que tu t’envoles. Ta jambe étant endormie, tu ne peux déjà pas te sauver.

 Je pourrais savoir pourquoi tu m’as fait prisonnier ?

 Je vais retourner au refuge. Toi, tu restes ici.

 Quoi ?! Réponds au moins à ma question !

 Tu es une garantie pour moi, Argol.

 Une garantie contre quoi ? Que crains-tu ?

 Tu oses me poser la question ? lui fit-elle en fronçant les sourcils. Je dois y aller. Reste tranquille jusqu’à mon retour.

 Que comptes-tu faire ?! »

La femme scorpion l’ignora et repartit pour le refuge. Argol était hors de lui. Il se débattait tant qu'il pouvait pour arracher ces satanées lianes ! Pour revenir à Anna, que songeait-elle faire ? Il fallait qu’elle voie Nihit mais elle ne savait pas encore si elle allait simplement parlementer ou plutôt lui trancher la tête. Elle se voyait déjà lui reprocher de l’avoir ramenée à la vie. Anna ne voulait plus revenir sur Laethion. Elle purgeait sa peine et sans doute aurait-elle disparu pour toujours. C’est ce qui arrive aux esprits criminels. Il paraîtrait qu’une fois la peine finie, les âmes étaient enfermées dans un jardin aux fleurs mélancoliques. La paix n’est réservée qu’aux êtres n’ayant commis aucun crime. Il était passé quatorze heures quand elle arriva aux montagnes qui l’avaient cachée lors de sa fuite avec Argol.

Rasgado surveillait le côté sud-ouest du refuge, là où Anna s'était insinuée l’autre nuit. La créature restait là à l’épier. Depuis son poste d’observation, elle scrutait furtivement le colosse en armure d’or. Anna était en pleine réflexion. « Grand, oui. Fort ? Il y a des chances indéniables... La garde a été renforcée de ce côté du refuge. Sept vigiles au sud. Ce sera plus difficile de s’introduire sans se faire voir. Seulement il n’y a que par le sud qu’on peut accéder à cet endroit. » D’autres vigiles portaient une armure moins impressionnante. Il y avait une elfe noire, une naine et des humains. « Je pourrais m’en prendre à ceux qui ont l’air plus chétifs. Toutefois je crains que ce ne soit un avantage pour eux. Ils peuvent paraître petits ou sveltes et néanmoins être rapides. Jusqu’à quel point le sont-ils ? Si Nihit les a choisis comme gardes, je suppose qu’ils ont leur talent. » Son regard était obsédé par le vigile aux longs cheveux blancs. « Quel est le tien, chevalier ? Grand, fort, mais je doute que ta vitesse soit supérieure à la mienne. » Bien dissimulé dans l’ombre, l’esprit malsain d’Obsina considérait la scène. « Qu’attend-elle pour attaquer ? Vas-y, passe à l’offensive. Fais-le ! Il a le dos tourné, profites-en ! » se dit la malfaisante. Ces derniers mots, bien que n’étant pas dit clairement à l’oral, firent écho dans l’esprit de la femme scorpion. Ni une, ni deux, Anna bondit de sa cachette, sortant ses épées du fourreau pour les planter dans le corps de sa victime. Pourtant, la seconde suivante, ses lames avaient voltigées et Anna se retrouva coincée dans… dans ses bras ?! Finalement, c'est elle qui fut piégée.

« Relâche-moi immédiatement !

La créature se débattait comme une forcenée. Toutefois se défaire de sa poigne relevait de l’impossible.

 Alors que tu comptais m’attaquer ? Pas question, tu feras bien moins de dégâts dans mes bras.

 Espèce de… !

Elle essaya de se défendre avec son dard mais celui-ci fut sans cesse repoussé par une force invisible. Une fois à gauche, puis à droite et ainsi de suite. Comment faisait-il cela ? Elle n’avait pourtant pas l’impression qu’il desserrait les bras. Cette agitation attira l’attention de Vadramea, l’elfe noire, qui était perchée sur son arbre. « Alors ainsi elle est revenue. » Voyant que le jeune homme s’en sortait très bien, elle ne bougea pas d’un poil et admira indifféremment le spectacle. Dans l’ombre, Obsina était en colère. Comment avait-elle pu se laisser avoir ?!

 Allons, calme-toi. Tu ne risques rien. Pourquoi t’énerves-tu ainsi ?

 Relâche-moi !

 Tu es bien stressée pour une nouvelle arrivante. Pourquoi t’es-tu enfouie ? Que crains-tu ? (Anna était trop occupée à vouloir se dégager, elle refusa toute réponse. Elle prenait appui sur ses épaules robustes, seulement impossible de se dégager.) Tu es du genre tenace mais tu vas t’épuiser à vouloir te défaire de mon étreinte. Tu as de la chance, tu es la première que je serre contre moi ainsi.

 Pour la dernière fois relâche-moi ! Tu me fais mal au dos !

 Oh ? Je suis désolé. Attends un peu, je vais faire partir la douleur.

Dès lors, il posa une main sur sa peau nue et la caressa du haut en bas, passant la main sur son bandeau, massant les muscles pour la détendre. « Mais qu’est-il en train de faire ? se demanda Vadramea en arquant un sourcil. Il veut la charmer ou quoi ? Quelle horreur. » Anna ne s’en rendit pas compte tout de suite mais une sensation étrange s’empara d’elle. Qu'était-ce donc ? Elle n’avait jamais ressenti cela sur Placida. Il continua en lui grattant le long du dos. Obsina revint à la charge. « Ne te laisse pas berner ! Il est en train de ruser ! » La jeune femme reprit subitement ses esprits. Comme la pression était moindre à ce moment-là, Anna parvint à se dégager et fixa son ennemi. Son sang bouillonnait ; elle était à la fois frustrée et honteuse d'avoir était prise si facilement. Elle le toisa longuement avant de répliquer.

Tu ne m’auras pas avec ta ruse ! Me prends-tu pour une idiote ?!

Rasgado semblait surpris.

 Ruser ? Moi ? Tu te méprends. Ce n’est pas dans mes habitudes de me moquer de la sorte d’une femme. (Elle le fixa d’un air si grave. On voyait qu'elle doutait de sa parole. Elle ramassa ses épées tout en se méfiant de lui.) Écoute, on peut discuter tous les deux. Déjà pourquoi es-tu revenue alors que tu as fui le refuge ?

 Je n’ai pas à me justifier. Mais crois-moi que je reviendrai !

Elle se retourna pour repartir vers la forêt.

 Je serai ravi de t’accueillir à nouveau !

 Oublie ça ! cria-t-elle en se tourna vivement et pointant une lame vers lui. La prochaine fois je t’éviterai ! Que Nihit prenne garde ! J’ai échoué cette fois-ci mais je ne ferai pas la même erreur ! Et je te promets de te faire payer cette humiliation !

Anna s’éloigna promptement dans le but de rester sourde à une éventuelle riposte de sa part. Obsina l’accompagna, passant d’une ombre à l'autre pour éviter d'être repérée. « L’imbécile ! Il l’a laissé partir ! » s’énerva Vadramea. Elle ne pouvait pas quitter son poste mais elle serait bien aller à sa rencontre pour lui remettre les pendules à l’heure. Presque aussitôt, elle vit Endyl s’avancer vers le grand homme. Peut-être que l’elfe allait lui faire la remarque. Ce dernier se posta juste à côté du chevalier qui regardait la créature s’en aller sans se retourner.

 Bravo Ragasdo. Tu l’as laissé s’échapper. Pourquoi ne l’as-tu pas neutralisée ?

 Je n’allais tout de même pas lever la main sur elle.

 Je ne parle pas de la molester. Tu aurais pu facilement la mettre à terre pour l’empêcher de s’enfuir.

 C’est plutôt brutal comme comportement, surtout envers une demoiselle.

 C’est une femme scorpion. Elle est bien plus résistante qu’une femme normale.

 Mais c’en est une quand même... Elle a refusé de répondre à mes questions.

 J’imagine qu’elle devait sûrement être perturbée par ton petit câlin, supposa l'elfe d'un air moqueur.

Rasgado se mit à sourire. Malgré son apparence, l’avoir dans ses bras ne le dérangeait pas plus que cela. Au contraire, il aurait aimé prolonger ce moment. Dommage qu’elle soit si farouche.

 Pourtant j’aimerais savoir pourquoi elle nous craint autant. Qu’est-ce qui a bien pu l’effrayer chez nous ?

L'elfe poursuivit dans la plaisanterie.

 Ton impressionnante carrure. Elle a eu le temps de l’admirer je pense.

 Je vois que tu es taquin, Endyl. Il faut qu’on sache où elle va. Tu pourrais la suivre ? Elle te conduira sûrement à Argol. Il faut qu’on le retrouve et qu’on le ramène au refuge. Reste aussi discret que possible.

 Tu demandes ça à un elfe ? Pas de problème. Je t’enverrai une missive dès que j’ai du nouveau. »

Rasgado le remercia puis le jeune homme aux cheveux d’argent se lança à la poursuite d’Anna. C’est sûr qu’il était maintenant plus facile de la suivre. C’était l’objectif du jour : ramener Argol au refuge et le soigner.

 

 

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