Shura/Misty - Chapitre 2 : Rendez-vous

Shura misty

 

Mersiun 3 sordiva N - Mercredi 3 septembre N

Elle attendait à la sortie du refuge, tapit dans l’ombre. Ses vêtements avaient des teintes marron et vert pour lui permettre de se camoufler parmi les arbres. Cette rencontre, elle la voulait secrète. C'était dans ce but qu'elle avait donné rendez-vous à Ultsia par lettre furtive* pendant les horaires de cours. Moins elle tombait sur un chevalier d’or et mieux c’était. Cette affaire ne les concernait pas. Après une attente qu’elle estimait longue, elle vit la jeune rousse s’approcher. Elle sortit enfin de sa cachette et s’avança d’un pas modéré. Cependant, elle ne fut pas la seule à se dissimuler dans les feuillages. Un des chevaliers du Capricorne était posté non loin d'ici, épiant cette personnalité qui lui paraissait si étrange. Il savait où Nefira habitait alors il s’était rendu très tôt près de chez elle par curiosité. Lui aussi aperçut la rôdeuse qui semblait vêtue d’une cape bleue par-dessus son chemisier blanc et descendait presque en bas de son pantalon noir. Aucune des femmes n’avait vu Shura les surveiller.

« Bonjour Nefira. (Celle-ci lui rendit la salutation.) Pour éviter le déplacement j’aurais peut-être pu répondre à vos questions par courrier furtif.

— Non, fit-elle en hochant la tête. Malgré le caractère fiable de cette pratique, je préfère m'en méfier tout de même. Rien ne dit que le message n’aurait pas pu être intercepté par un tiers.

Vous pensez que les nouveaux venus en seraient capables ?

 Honnêtement je l’ignore. Dis-moi Ultsia, as-tu des infos de la part des black Saints ? Apparemment Nihit n’a pas encore eu leur rapport.

 C’est qu’ils continuent à la chercher. Seulement, pour être tout à fait franche, je doute fortement qu’elle soit ici. Si ça avait été le cas, Minos l’aurait déjà trouvée.

 Minos ?

 Je l’ai vu vagabonder dans les parages il y a peu. Cet homme ne semble pas du genre à rester les bras croisés.

 Je peux te l’affirmer. Il tient absolument à revoir Enliana. Lui demander de rester tranquille chez lui relève de l’impossible.

 Autre question, si vous êtes disposée à y répondre. Vous avez été présentée comme étant la reprographe du refuge. Êtes-vous en parallèle un émissaire au service de Nihit ? C’est pour cela que vous me demandez de rester dans mon secteur ? Sans vouloir vous commander, à cette heure tardive, n’êtes-vous pas censée être à la cité scolaire ?

 Je dois rester discrète à ce sujet. J’espère que tu le comprendras.

Ultsia se contenta de cette réponse sans sourciller.

 Le vigile ne va pas tarder à arriver. Je connais ses habitudes, je sais vers quelle heure il passe. Si vous voulez faire dans la discrétion, il vaut mieux qu’on se sépare, sinon on va éveiller les soupçons.

 En effet. Je vais informer Nihit. Nous devons sans doute étendre nos recherches sur les îles avoisinantes, voire sur les grandes terres.

 En espérant que nous la trouvions un jour. »

Ultsia tira sa révérence tandis que Nefira regagnait le refuge en prenant soin de rester à couvert. Cependant, Shura était sur ses traces. Étant trop loin, il n’avait rien entendu de la conversation ; et pourtant il aurait bien aimé savoir ce que cette fille manigançait. Il tenta de se rassurer en se disant que ces femmes sont des habitantes d’Eston. Elles ne feraient rien qui leur nuirait ; du moins il l’espérait.

En chemin vers sa prochaine destination, l’espionne se cogna contre un mur invisible et tomba subitement à terre. Elle fut quelque peu sonnée lorsqu’elle entendit un homme s’adresser à elle. « Je suis désolé Nefira, j’étais en train de m’entraîner » lui dit un jeune aux longs cheveux blonds. Elle leva la tête et vit qu’il lui tendit la main pour l’aider à se relever.

« Est-ce qu’on se connaît ? se risqua-t-elle.

 Mais enfin, as-tu oublié notre rencontre sur la plage ? J’étais si transparent que ça pour toi ?

 Euh non. (Ses joues s’empourprèrent tant elle fut gênée.) Je suis désolée, j’ai oublié ton nom.

 Vraiment ? T’aurais-je choqué au point d’être effacé de ta mémoire ? (Elle le fixa sans prononcer la moindre réponse. En fait, elle préférait éviter une autre gaffe. « Qui c'est c'lui-là ? ») Misty, mon nom est Misty. Tu te souviens ?

 Oh ! oui. Oui bien sûr. J’avais eu un doute, mais maintenant c’est revenu. (Son cœur se mit à battre la chamade, la gêne était presque palpable.) Eh bien, je vais te laisser maintenant. Pardon d’avoir dérangé ton… entraînement.

 Ne sois pas bouleversée, ma toute jolie. C’était un grand plaisir de te revoir. Vois-tu un inconvénient à ce qu’on se voit à l’abri des regards pour discuter de tu sais quoi, termina-t-il d’un air complice.

L’espionne eut la gorge serrée. Cela ne l’arrangeait pas du tout, pas maintenant. Une échappatoire ! Il lui fallait en une et rapidement.

 D’accord mais… pas dans l'immédiat. J’ai des choses à faire avant. Peut-être pourrions-nous nous voir plus tard dans la journée pour… « tu sais quoi » ?

 Oui, si ça t’arrange. Disons ce soir, vers 18h. On pourrait se retrouver sur la plage justement ?

 Oui, répondit-elle avec un sourire jaune. Ce soir, 18h, la plage. C’est noté.

 Tu m’en vois ravi. J’ai hâte. Et s’il te plaît, ne m’oublie pas cette fois.

 C’est promis. »

La jeune femme s’éloigna et au bout d’un certain temps elle prit son téléphone et envoya un message. « Tu as rendez-vous ce soir à la plage à 18h avec Misty pour parler de « tu sais quoi ». Je n’ai pas compris mais je te transmets l’info. » Lorsque Nefira reçut le message, elle pensait qu’elle allait tomber dans les pommes. « Elle a osé faire quoi ?! » songea-t-elle gravement. La reprographe fut dans tous ses états ; et il n’était même pas encore dix heures. Elle ne fit aucun retour, le temps que la colère passe sinon sa réponse aurait été assez salée. Mais pourquoi avait-elle fait cela ? Elle pianota sur son clavier.

« Viens à la repro, j’ai à te parler.

 Là maintenant ? J’peux pas, suis occupée.

 M’en fous, tu viens tout de suite. Ça urge !

L’espionne se demandait bien ce qui pouvait être aussi urgent à la repro.

 T’es marrante toi, t’oublies que je dois rester discrète.

 M’en fous, tu viens tout de suite !

 T’énerves pas, j’arrive ! »

Suivie par le chevalier, elle se hâta vers la cité scolaire en prenant soin de ne croiser personne. Ce ne fut pas une chose facile vu qu’il y avait du monde. Se cacher dans les fourrés n’était pas ce qu’elle préférait et derrière un poteau en enveloppant son visage autant que possible avec sa capuche non plus. Aussi avancer dans le refuge de cette manière fut plutôt long. Il fallait attendre qu’il n’y ait plus personne dans la rue pour se faufiler. L’espionne ne devait être vue de quiconque, mais elle était loin d'imaginer qu’elle était déjà repérée. Une grille à l’arrière du bâtiment restait souvent ouverte. Entrer par l’avenue Pinaks représentait un risque. Milo pourrait l’apercevoir depuis la fenêtre de son bureau. Il paraissait sévère mais au moins les étudiants se tenaient tranquilles. Pour être honnête, même la Créatrice n’avait pas envie de se frotter à lui, bien qu’il ne lui eût jamais rien fait. La jeune femme passa par la salle de sport et monta les escaliers sud en espérant que toutes les portes étaient fermées. Après avoir vérifié, elle se glissa jusqu’à la repro, entra sans frapper et referma la porte derrière elle. Seulement elle était tellement pressée de se mettre à l’abri des regards qu’elle ne remarqua pas la présence de Shura. Certes il restait dans l’autre couloir mais lui l’avait bien observée. Il s’approcha de la porte, un document à la main, en espérant entendre quelques bribes de conversation. Puis il sentit une odeur particulière ; encore ce parfum doux et fruité. Le chevalier avait déjà fait le lien mais il aimerait en avoir le cœur net.

« T’es pas bien de me faire venir jusqu’ici ? Qu’est-ce qui te prend ?

 Et toi ? T’es pas bien de m’arranger un coup avec Misty ?! Qu’est-ce qui t’as pris ?! Je n'irai pas !

 Chut ! Ne crie pas s’il te plaît. Quoi ? C’est le rendez-vous qui te met dans un état pareil ? Il a l’air charmant ce garçon-là.

 « Il a l’air charmant » qu’elle dit ‘core. Tu l’as vu combien de temps pour en tirer cette conclusion ?!

 J'sais pas. Deux ou trois minutes.

 L’autre jour, il m’a collé aux basques, fier comme un paon.

 Il semblait plutôt gentil.

 Tu n’as pas vu son air suffisant ?!

 J’ai pas eu le temps de voir, non. Bon, écoute, de toute façon c'est trop tard. Je lui ai promis de venir alors tu iras à la plage ce soir, 18h !

Nefira se sentit se décomposer.

 Quoi ?! T'es sérieuse là ?!

Soudain la sonnette du guichet retentit. L’espionne eut un regard inquiet. Elle se colla contre le mur ; depuis la fenêtre du guichet, les gens du couloir ne pouvaient pas l'apercevoir. Nefira l’ouvrit et vit le prof de sport accroché un billet à sa feuille avec un trombone. Il lui tendit le document en la saluant.

 Est-ce que tout va bien ?

La reprographe fut un peu surprise par cette question.

 Euh oui. Pourquoi ça n’irait pas ?

 Vous avez l’air nerveuse. Auriez-vous eu un accident ?

Elle écarquilla les yeux mais répondit d'une voix plus posée.

 Un accident ?

 Ce matin je vous ai vue. Vous portiez un pantalon marron et une blouse fluide dans les tons vert gris. Maintenant vous avez une robe vintage blanche.

L’espionne retint son souffle et une rougeur lui teignit le visage. Elle se doutait bien qu’un jour, quelqu’un la verrait, seulement pas de façon si soudaine. Elle reconnaissait la voix mais elle n’arrivait pas à remettre un visage dessus.

 Oh ! oui, je me suis tâchée ce matin en déjeunant.

 En déjeunant ? fit-il en arquant un sourcil.

 Oui, je prends mon p’tit déjeuner au bureau. Je n’arrive pas à manger au saut du lit. J’ai dû revenir à la maison et changer ma tenue. Ça ne se fait pas d'accueillir des professeurs avec des vêtements souillés.

Shura la regarda longuement, loin d’être satisfait par cette réponse. Quand bien même elle serait retournée chez elle pour se changer, cela n’expliquait pas sa présence à la sortie du refuge. Habitant près du palais, elle avait plus vite fait d’arriver à la repro plutôt que d’atterrir à l’autre bout de la ville. Néanmoins, étant donné qu'elle soutenait son regard, il ne dit rien pour l’instant. Elle devait sans aucun doute couvrir quelqu’un et elle ignorait qu’il était loin d’être dupe.

 Quelle mésaventure pour notre reprographe. Cela vous laisse moins de temps pour faire les photocopies.

 Je ne fais pas uniquement des photocopies, s’empressa-t-elle d’ajouter.

En effet, Nefira s’énervait lorsqu’on la réduisait à une simple dame faisant des copies. Cela ne représentait qu’une partie de son travail. Toutefois les professeurs ne voyaient rien de ce qu’elle faisait derrière ses murs.

 Vous allez être d’autant plus surmenée.

 Où voulez-vous en venir, Shura ?

« Shura ? Ah oui, je me souviens maintenant. »

 Vous détendre vous ferait du bien. Seriez-vous d’accord pour que je vous emmène ce soir au restaurant, ou à l’opéra si vous préférez. Il y a justement une pièce ce soir à 18h il me semble.

« Mais c’est pas possible. » Les deux femmes se regardaient furtivement. L’espionne répondit en silence par la négative. Néanmoins, vu le coup qu'elle lui avait fait, Nefira avait l'intention de lui rendre la pareille.

 Il y a également un film que j’aimerais voir au cinéma. La séance est aussi à 18h.

« Mais elle est dingue ou quoi ?! »

 Le cinéma me convient également. Alors, je vous invite ?

 Eh bien, je dois avouer que ça me surprend de votre part. Je ne m’attendais pas à ça. Mais oui, pourquoi pas ?

« Je vais la démonter. »

 Ça me fait très plaisir. Je passerai vous chercher. Votre adresse ?

 1er avenue Stewart. C’est la maison près du palais de Nihit.

C'était bien à cette maison qu'il s'était rendu plus tôt dans la journée.

 Bien. À ce soir, je passerai vous chercher à 17h30. »

Shura s’éloigna tandis que Nefira ferma la fenêtre du guichet. L’espionne la fusillait du regard mais la reprographe s’en fichait éperdument. « Il semblerait que tu aies un rencard aussi, Odsyn. »

 

* Moyen postal magique qui envoie une lettre directement à son destinataire.

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